Une brise de dignité
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Ici, les mots portent l'espoir, apaisent les cœurs et transmettent des valeurs profondes.
Plongez avec moi dans une exploration de la dignité humaine qui persiste, même face aux blessures, à travers une écriture inspirée du kasàlà, cet art oratoire africain qui célèbre la louange.
KASÀLÀ DU SAPEUR QUI PARLE À MONTAIGNE
Je suis celui qui vient de loin,
celui que la poussière n’a pas gardé,
celui que le vent n’a pas dispersé.
Je suis celui qui se tient entre deux souffles,
entre ce qui fut
et ce qui insiste pour être.
Écoute, Montaigne.
Sous l’arbre qui parle sans bouche,
sous la lumière qui traverse les noms oubliés,
nous ne sommes plus deux :
nous sommes passage.
Toi, pierre habitée,
toi, mémoire qui ne dort pas,
moi, chair traversée,
moi, voix levée dans l’invisible,
nous nous reconnaissons.
Car je ne viens pas vers toi,
je traverse jusqu’à toi.
Moi, le sapeur,
celui qui porte le visible
comme on porte un secret,
je ne m’habille pas :
j’invoque.
Oui, j’invoque.
J’invoque la ligne droite dans le tremblement du monde,
j’invoque la couleur dans la nuit qui mange les hommes,
j’invoque la forme contre ce qui se défait.
Regarde :
Ce manteau n’est pas un manteau,
c’est une parole cousue contre l’effacement.
Ces chaussures ne sont pas des chaussures,
ce sont des racines qui marchent
sans demander la permission à la terre.
Chaque bouton fermé
est une porte qui refuse de céder.
Chaque pli tenu
est une loi silencieuse contre le chaos.
Chaque couleur levée
est un nom que l’oubli n’a pas pu avaler.
Je ne suis pas beau.
Je suis gardien.
Gardien de ce qui ne doit pas tomber,
gardien de ce qui se tient encore
quand tout se disperse.
Car la beauté n’est pas un éclat,
la beauté est une veille.
Une veille contre la chute,
une veille contre la disparition,
une veille contre le vide.
Toi qui demandais : « Que sais-je ? »,
écoute ce que le corps répond :
je sais tenir,
je sais rester,
je sais me lever encore.
Regarde ce corps suspendu,
ce pied qui ne touche pas tout à fait la terre :
ce n’est pas un jeu,
c’est un seuil.
Je tiens entre tomber et rester,
je tiens entre perdre et porter,
je tiens entre silence et parole.
Et dans cet entre,
je deviens réponse.
Quand la misère appelle la chute,
je réponds par l’élévation.
Quand le monde se ferme,
je réponds par la forme.
Quand les noms s’effacent,
je réponds par la présence.
Toi, pierre qui pense,
moi, souffle qui insiste,
nous ne sommes pas séparés.
Nous sommes la même phrase
qui cherche à se dire.
Car tu as ouvert la question,
et moi, je la porte debout.
Alors regarde bien :
je ne marche pas seulement,
je trace.
Je ne montre pas seulement,
je transmets.
Je ne vis pas seulement,
je garde.
Et ce que je garde,
ce n’est pas le vêtement,
ce n’est pas la forme,
ce n’est pas l’apparence :
c’est la possibilité de l’homme.
Ici,
dans ce jardin sans âge,
entre la pierre et le souffle,
une parole se lève.
Elle ne demande pas la permission.
Elle ne cherche pas à convaincre.
Elle tient.
Et elle dit :
celui qui ne cède pas à la chute,
celui qui se tient dans l’invisible,
celui qui garde la forme contre le néant,
celui-là
n’est pas perdu.
Celui-là
est déjà
passage.

Articles à la Une
LYHANNA, L'ARME SILENCIEUSE
Lyhanna,
Onze années seulement,
et pourtant un nom devenu lumière.
Aujourd'hui,
nous ne parlons pas pour couvrir le silence,
nous parlons pour l'habiter.
Devant tes parents,
devant les enfants de ton âge,
devant les consciences éveillées par ton départ,
nous déposons ton nom
comme une flamme.
Tu étais une enfant.
Tu devais grandir,
rire,
apprendre,
rêver.
La vie t'attendait.
Alors nous refusons que ton souvenir soit seulement une douleur.
Nous faisons de ton nom
une vigilance.
Nous faisons de ton nom
une promesse.
Nous faisons de ton nom
l'arme silencieuse contre l'oubli.
Lyhanna,
que la terre te soit douce,
que la lumière t'accueille,
et que ton prénom demeure dans nos mémoires
comme un appel à protéger chaque enfant.
Repose en paix.
Nous, les vivants,
nous porterons désormais ton nom.

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